Vous savez que quelque chose ne va pas. Vous êtes inquiet.e. Ce guide vous propose des repères pour comprendre la situation et poser les bons gestes si votre enfant (ou un enfant de votre entourage) vit de l’intimidation.
Votre enfant rentre de l’école silencieux. Il dit qu’il a mal au ventre le matin avant de partir. Il ne veut plus voir ses amis.
Pas de grosses situations, mais votre instinct vous dit que ce n’est pas anodin.
Vous avez des raisons de vous inquiéter. L’intimidation est souvent difficile à détecter. Les enfants n’en parlent pas spontanément : par honte, par peur que ça empire, ou parce qu’ils ne trouvent pas les mots. Certains craignent même de ne pas être crus. D’autres pensent que ça ne changera rien.
Votre rôle est précisément d’être là pour eux, même quand ils ne demandent rien.
Ce guide vous donne les outils pour :
Comprendre ce qu’est l’intimidation
Reconnaître les signes
Agir concrètement
– 1 –
Comprendre ce qu’est l’intimidation
1.1
C’est quoi de l’intimidation ?
L’intimidation se caractérise généralement par des comportements, des paroles ou des gestes :
- volontaires ou non;
- répétitifs;
- exprimés directement ou indirectement;
- posés dans le but de nuire ou de faire du mal;
- posés dans un contexte où les rapports de force sont inégaux entre deux ou plusieurs personnes.
Les comportements d’intimidation ne sont pas toujours intentionnels, surtout chez les plus jeunes, mais ils peuvent avoir des impacts importants.
IMPACTS
chez les enfants d’âge préscolaire
Le développement du cerveau, notamment du lobe préfrontal, ne leur permet pas encore de bien comprendre et gérer leurs émotions ou celles des autres.
IMPACTS
au début du primaire
L’impulsivité est encore très présente. Les enfants sont souvent centrés sur leurs besoins immédiats et n’ont pas toujours les outils pour gérer la frustration ou la colère. Ils peuvent poser des gestes blessants, sans en mesurer pleinement l’impact.
IMPACTS
vers la fin du primaire
L’empathie se développe davantage. Les enfants sont plus conscients que leurs gestes peuvent faire du mal, mais leurs comportements peuvent encore être influencés par le besoin d’être acceptés par leurs pairs.
1.2
Les quatre formes d’intimidation
L’intimidation peut prendre plusieurs formes. Parfois, elle est même invisible. Voici quelques exemples pour reconnaître les signes d’intimidation :
Intimidation verbale
Insultes répétées, moqueries, surnoms blessants, menaces, humiliations en public.
Intimidation physique
Bousculades, coups, objets volés ou endommagés, atteintes à l’intégrité du corps.
Intimidation sociale / relationnelle
Exclusion organisée, rumeurs, manipulation des amitiés, isolement délibéré.
Cyberintimidation
Messages humiliants, photos partagées sans consentement, harcèlement sur les réseaux, menaces en ligne.
⚠️ Le saviez-vous ?
La proportion de jeunes de 12 à 17 ans victimes de cyberintimidation a doublé entre 2016 et 2022 au Québec, passant de 6,1 % à 13,2 %.
Source : École branchée – Protéger les élèves : Comprendre et combattre la cyberintimidation en milieu scolaire
– 2 –
Reconnaître les signes
2.
Reconnaître les signes d’intimidation
Les enfants victimes d’intimidation n’utilisent pas toujours le mot « intimidation ». Ils diront à la place des phrases comme :
- « Personne ne veut jouer avec moi ».
- « Il est méchant avec moi ».
- « Je veux pas y aller ».
Ou, ils resteront silencieux.
Surveillez les changements de comportement inhabituels, surtout ceux qui perdurent. Voici quelques exemples de changements d’humeur, de réactions inattendues ou de comportement méconnaissable :
- Réticence persistante à aller à l’école.
- Maux de ventre ou de tête le matin (sans cause médicale).
- Repli sur soi, silence inhabituel.
- Colères ou pleurs sans raison apparente.
- Trouble du sommeil, cauchemars fréquents.
- Vêtements ou objets abîmés ou manquants.
- Peur ou nervosité face à son téléphone.
- Perte d’appétit, baisse de rendement scolaire.
- Évitement soudain d’un lieu ou d’une personne.
- Régression (sucer son pouce, mouiller son lit).
– 3 –
Agir concrètement
3.1
Quoi faire en cas d’intimidation ?
L’intimidation ne finit pas « par passer ». Il est important d’agir maintenant.
Les séquelles de l’intimidation vécue dans l’enfance peuvent avoir un impact sur la santé physique, mentale et financière des années plus tard.
À court terme
- Anxiété.
- Perte d’estime.
- Symptômes physiques (maux de ventre, migraines).
- Refus scolaire.
À moyen terme
- Dépression.
- Décrochage scolaire.
- Difficultés relationnelles.
- Consommation problématique.
À long terme
- Troubles anxieux à l’âge adulte.
- Risques suicidaires accrus.
- Difficultés de couple et en relation.
⚠️ MESSAGE IMPORTANT
Les conséquences de l’intimidation ne sont pas inévitables. L’Association canadienne de psychologie précise que les préjudices à long terme peuvent être significativement atténués par des relations solides et positives avec les parents, un milieu scolaire bienveillant et un entourage engagé. Vous avez ce pouvoir.
3.2
5 actions pour soutenir votre enfant en cas d’intimidation
Lorsqu’un adulte intervient tôt, l’intimidation peut souvent être stoppée rapidement. L’important est de ne pas laisser l’enfant seul avec la situation.
Vous avez l’impression que votre enfant vit de l’intimidation ?
Voici 5 gestes qui peuvent vous aider à comprendre la situation et à soutenir votre enfant s’il vit de l’intimidation.
1. Vérifiez
Vérifiez ce que vit votre enfant en ouvrant le dialogue Par exemple : « Comment ça s’est passé aujourd’hui ? T’as passé du temps avec qui ? » Écoutez sans minimiser ni surréagir (« je vais appeler l’école tout de suite ! »). Croyez votre enfant. Si votre enfant ne parle pas, recommencez plus tard. La constance compte plus que l’intensité.2. Documenter
Si des incidents se répètent, commencez à les documenter Notez les dates, les lieux, les personnes impliquées et ce qui s’est passé. Pour la cyberintimidation, conservez des captures d’écran. Cette documentation sera précieuse si des démarches sont entamées. Elle permettra de légitimer la situation aux yeux de l’école ou des autorités. Un simple carnet ou une note dans votre téléphone suffit.3. Communiquez
Communiquez avec l’école pour discuter de la situation Si l’intimidation se vit à l’école, demandez une rencontre avec l’enseignant·e ou la direction. Apportez votre documentation. Depuis 2012, la Loi 56 oblige toutes les écoles primaires et secondaires du Québec à adopter un plan de lutte contre l’intimidation et la violence. Votre école a une obligation légale d’agir. Demandez à voir le plan de l’école si vous ne le connaissez pas. Vous pouvez proposer les services d’ESPACE Côte-Nord à votre direction si le plan de l’école ne les intègre pas déjà.4. Renforcez
Renforcez sa confiance à la maison Le soutien au quotidien sera important en cas d’intimidation. Valorisez les forces de votre enfant. Maintenez les routines (elles rassurent). Aidez-le à développer ses habiletés sociales et à identifier des personnes de confiance dans son entourage. Répétez-lui : ce n’est pas de sa faute. Des rituels simples (souper ensemble, temps de jeu calme) aident l’enfant à se sentir en sécurité.5. Cherchez de l’aide
Cherchez de l’aide professionnelle
Si la situation persiste et que l’anxiété de votre enfant est toujours présente à la suite des démarches précédentes, n’hésitez pas.
Un soutien plus spécialisé (psychologue scolaire, travailleur social, médecin de famille) peut vous guider.
Consulter, c’est agir. Ce n’est pas un signe d’échec.
Quand la situation devient plus complexe
Malgré toute votre vigilance, certaines situations d’intimidation persistent ou deviennent plus difficiles à gérer.
Dans ces cas, il peut être utile de s’appuyer sur des ressources spécialisées pour accompagner les enfants, les équipes et les familles de façon structurée.
C’est précisément ce que propose le programme d’ESPACE Côte-Nord.
Comment fonctionnent les ateliers et le programme d’ESPACE Côte-Nord
Le programme ESPACE est composé d’ateliers interactifs visant le personnel du milieu visité, les parents et les enfants de 3 à 12 ans.
Plusieurs sujets sont abordés :
- Les enfants : reconnaître la violence, le consentement, les bons et mauvais secrets, demander de l’aide (les ateliers interactifs sont adaptés à chaque âge.)
- Les parents: types de violence, signaux à surveiller, comment réagir quand votre enfant se confie, etc.
- Le personnel du milieu visité : repérage des signes, stratégies d’intervention, références vers les ressources.
Vous aimeriez que ce programme soit offert dans l’école de votre enfant?
Le programme ESPACE est offert gratuitement aux écoles primaires, garderies, CPE et OBNL de la Côte-Nord.
Si vous êtes parent et que ce programme vous interpelle, vous pouvez en parler à la direction ou à l’enseignant·e de votre enfant.
C’est le milieu de vie qui doit faire la demande d’une visite, mais plusieurs écoles découvrent le programme grâce à l’intérêt des parents.
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Professionnels, experts, parents et amis : vous faites bien ça !
Vous n’êtes et ne serez jamais seul. Des ressources sont disponibles dès maintenant.
Les ressources disponibles sur la Côte-Nord et au Québec
- ESPACE Côte-Nord : 418 296-2403
- Info-Social : 811, puis option 2
- Ligne Parents : 1 800 361-5085
- Tel-jeunes : 1 800 263-2266
- Jeunesse, J’écoute : 1 800 668-6868 (texte BONJOUR au 686868)