Les enfants d’âge préscolaire sont différents (et la neuroscience nous aide à comprendre!)
Aux quatre coins de la Côte-Nord, la scène se répète dans bien des foyers et des garderies : un enfant éclate en sanglots parce que son bol n’est pas de la bonne couleur. Parce que sa banane s’est cassée en deux. Parce que ses spaghettis ont été… coupés ! Vues avec nos yeux d’adultes, ces raisons nous semblent bien minuscules. Sa détresse peut nous paraître exagérée. Mais pas pour lui.
Ces moments intenses peuvent nous irriter et nous faire perdre patience (surtout quand on a le traversier de Matane à attraper !). Avec notre logique d’adulte, on a parfois du mal à accueillir de si grosses émotions. Mais les enfants de 0 à 5 ans ne sont pas des adultes en miniature. Ils sont aussi très différents de ce qu’ils seront à l’école primaire.
Si on s’attend à ce qu’un enfant de 3 ou 4 ans réagisse comme nous, on risque d’être souvent déçus. Et lui aussi. On peut même croire qu’il a un problème de comportement. Alors pourquoi ces émotions sont-elles si intenses ? Et pourquoi les crises reviennent-elles aussi souvent ?
Ces différences ont une explication : son cerveau est tout simplement encore en construction. Quand on comprend ça (et qu’on se le répète souvent !), on peut choisir des façons d’intervenir adaptées à son âge, avec bienveillance et respect.
Nous nous intéresserons maintenant au développement du cerveau de manière générale afin de bien comprendre quels sont les éléments en jeu dans le développement cérébral des enfants.
Le cerveau en construction : la partie qui aide à se contrôler
À l’avant du cerveau se trouve une zone qu’on appelle le lobe préfrontal. C’est un peu le « chef d’orchestre » de nos comportements. Il nous permet :
- de gérer nos émotions pour ne pas qu’elles prennent toute la place (l’autorégulation) ;
- de nous freiner et de réfléchir avant d’agir (l’inhibition) ;
- de nous adapter quand une situation change (la flexibilité) ;
- de prévoir les conséquences de nos gestes : « Si je fais ça, il va arriver ça » (l’anticipation).
Vous l’avez peut-être deviné : chez les enfants d’âge préscolaire, c’est justement cette partie qui est la moins développée. Elle en est à ses tout débuts.
Le lobe préfrontal est la partie qui est la plus longue à se développer dans notre cerveau. Chez les enfants d’âge préscolaire, cette partie n’est pas mature. Elle en est aux premiers balbutiements de son fonctionnement. Le premier boom de développement arrive vers 5 ou 6 ans. C’est ce qu’on appelle parfois l’âge de la raison. Le 2e boom sera à l’adolescence, mais la maturité ne sera pas complète avant la fin de la vingtaine.
Au souper : quatre situations bien connues où l’immaturité du cerveau prend le dessus!
17 h 45. Tout va bien, le souper s’est déroulé à merveille. C’est un soir de semaine, mais au diable la routine : on se gâte ! Vous sortez un beau gâteau décoré de petits bonbons colorés. ↓
Pour nous, adultes, tout ça semble simple. Nous aussi, on aurait peut-être voulu le morceau avec le plus de bonbons, et un gros verre de lait. Mais on a géré notre déception, on ne l’a pas pris dans l’assiette de quelqu’un d’autre et on a accepté qu’il n’y ait plus de lait. C’est facile pour nous parce que notre lobe préfrontal fonctionne bien. Chez les jeunes enfants, il est encore en chantier.
Peut-on accélérer le développement du cerveau ?
Non. Tout comme on ne tire pas sur une plante pour qu’elle pousse plus vite.
Par contre, on peut le soutenir grâce à :
- des gestes bienveillants et de l’affection ;
- une présence rassurante ;
- une meilleure compréhension du cerveau de l’enfant et de ses besoins ;
- un lien d’attachement solide.
Ce lien rassurant aide aussi l’enfant à traverser ses autres tempêtes, comme la peur du noir et les peurs d’enfant.
Quand la famille est loin
Sur la Côte-Nord, bien des familles vivent loin des grands-parents ou composent avec un parent qui travaille en rotation au chantier ou à la mine. Pour un enfant de 0 à 5 ans, ces absences peuvent être difficiles à comprendre : il a besoin de sentir que le lien est toujours là, même quand l’adulte ne l’est pas. Les petits rituels de connexion deviennent alors précieux : un appel vidéo à la même heure chaque soir, une routine du dodo qui ne change pas, une photo de papa ou de maman près du lit, un calendrier pour compter les dodos avant le retour.
Un piège fréquent : au nom de l’autonomie, on hésite parfois à aider un enfant qui nous le demande. Pourtant, derrière bien des demandes d’aide se cache surtout un besoin de connexion. Autrement dit, un appel au lien d’attachement.
Et vous, les parents ?
Être parent est une aventure extraordinaire, mais il faut reconnaître que c’est parfois difficile, exigeant même ! L’arrivée d’un enfant bouleverse et change nos habitudes et nous fait vivre un arc-en-ciel de sentiments ! Fatigue, douleur, exaspération, frustration, colère, sentiment d’être dépassé par la situation, peur, culpabilité, (avouons qu’on ne vivait pas souvent ces émotions avant d’être parent).
Devenir parent, c’est aussi être confronté à des défis, à nos limites et parfois à notre propre difficulté à gérer nos émotions. Pour plusieurs parents, il y a une contradiction entre la façon dont ils traitent les enfants et la façon dont ils voudraient prendre soin d’eux. Il n’y a pas de recette miracle pour la maîtrise de soi et de la patience. La compréhension et l’amour font sans aucun doute partie de la recette.
Il n’y a pas de parents parfaits et les enfants n’ont pas besoin d’avoir des parents parfaits. Advenant qu’un de vos comportements n’ait pas été adéquat, donnez-vous le droit à l’erreur. Les enfants comprendront que vous aussi, vous pouvez vous tromper et vous leur enseignez quoi faire si cela leur arrive. Par exemple, si vous avez perdu patience, prenez le temps de lui expliquer : « J’ai manqué de patience. Je m’excuse, je n’aurais pas dû lever le ton. La prochaine fois, je prendrai une grande respiration pour me calmer avant de te parler. » En plus de lui donner un modèle sur comment se comporter, vous lui donnez un exemple de la façon de gérer ses émotions.
Une question qui change tout
Aucune recette ne fonctionne avec tous les enfants. Mais voici une piste simple : plutôt que de vous demander « Comment je réagis ? », demandez-vous « De quoi mon enfant a-t-il besoin ? »
Cette question nous ramène dans notre rôle de parent plutôt que de réagir sur le coup. Elle nous aide à pratiquer une discipline bienveillante, centrée sur les besoins de l’enfant, et à utiliser notre pouvoir d’adulte de façon constructive.
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Parents, éducateurs·trices et proches : vous faites bien ça !
Une crise ne veut pas dire que vous avez échoué. Si vous avez perdu patience puis réparé le lien, vous lui avez aussi montré comment on revient au calme. C’est ça, être un adulte de confiance.